Chère Sandrine Rousseau

B9713374559Z.1_20171002193148_000+G509T8LM4.2-0

Chère Sandrine Rousseau,

Je précise que, si j’emploie le terme « chère » ce n’est pas une question de proximité mais de considération et je vais tenter de vous retranscrire le pourquoi de cette considération.

Vous avez écrit un livre poignant intitulé « Parler » qui traite de ce qui tient trop souvent de l’indicible, puisque seulement une victime sur dix porte plainte dans les cas de violences sexuelles.

Au-delà d’une publication, vous souhaitez agir pour briser cette affreuse loi du silence, en libérant les mots de ces femmes blessées dans leur corps et dans leur âme, notamment avec l’association que vous avez fondée et qui reprend le nom de votre ouvrage.

Je veux vous dire d’emblée, Madame, combien j’admire votre courage face à l’épreuve personnelle dont traite si justement votre ouvrage, au dépassement des maux par les mots et par l’exemplarité de votre engagement.

Briser un des plus sordides tabous de notre société toujours trop patriarcale n’a rien d’évident, c’est une démarche qui mérite le respect et les soutiens en nombre des femmes et aussi des hommes qui veulent  en finir avec la barbarie des prédateurs sexuels et avec l’impunité dont ils jouissent encore au XXIème siècle.

Samedi dernier, depuis mon lit d’hôpital, je regardais France 2, l’émission « On n’est pas couché » de Laurent Ruquier, impatient de vous entendre parler de l’honorable cause que vous avez épousée.

Sur le service public, sans être naïf, on ne pouvait qu’attendre attention et bienveillance. Et là, j’ai assisté à une séquence télévisuelle tellement sordide que j’ai cru ne pas avoir les ressources morales pour tenir jusqu’au bout. Je suis passé plusieurs stades : la stupéfaction, l’horreur, la colère, mais surtout la compassion. Madame, vos larmes m’ont profondément ému.

J’ai lu Christine Angot et en regardant l’émission, j’ai vite compris les différences dans vos façons de vivre et survivre aux profonds traumatismes que vous avez chacune connus. Pour autant, même avec des approches différentes, le respect, la discussion, la parole sont toujours possible, du moins je le croyais.

Le lynchage expéditif que vous a réservé Christine Angot et ses mots péremptoires « Je ne peux pas entendre ça » ou résignés « on fait avec », tout cela m’a fait bondir. Et que dire de la morgue méprisante de Yann Moix qui vomissait sa logorrhée suffisante à propos de votre supposé « discours » ?

De victime qui brise le silence, on aurait cru que les deux collaborateurs de Laurent Ruquier vous faisaient passer sur le banc de l’accusée qui fait mal les choses ou qui tient un « discours » coupable de maladresse. D’un côté l’apologie du silence, de l’autre la lâcheté masculine réduisant le sujet à une question de forme du « discours ». Aucune empathie, aucune retenue, seulement des coups, des coups bas …

Votre émotion et votre dignité m’ont bouleversé, autant dans ma condition d’homme que d’être humain. Samedi soir, le genre n’était pas la question : j’ai effleuré la violence qu’ont ressenti toutes ces femmes qui se taisent et vivent dans la souffrance, ces victimes qui, en voyant cette séquence, ont été violentées une nouvelle fois, enfermées davantage dans leur prison de silence, de douleur et parfois de honte.

Comment peut-on abandonner toute empathie, toute humanité sur l’autel de l’audimat ? Je ne le comprendrai jamais et ne l’accepterai pas plus. J’ai modestement condamné le traitement qui vous a été réservé sur les réseaux sociaux, non pas pour amplifier le buzz, mais parce qu’il fallait en « parler ». J’ai aussi signalé la séquence au CSA et inciter mes proches à en faire de même.

Je voulais enfin souligner votre abnégation. On la lit très bien dans la conclusion du communiqué que vous avez publié après la diffusion de l’émission, aussi permettez que je vous cite : « Puisse cette séquence ouvrir enfin le débat sur la manière d’aborder les violences sexuelles ».

Madame, vous forcez le respect et la sympathie. Je vous souhaite bonne route dans cette noble aventure, chère Sandrine Rousseau, en vous assurant de mon soutien le plus inconditionnel.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s