Manu et l’argent magique

« Il n’y a pas d’argent magique ». C’est ainsi que le Président de la République avait sèchement répondu à une infirmière du CHU de Rouen dont le tort était de tirer la sonnette d’alarme sur la situation de l’Hôpital Public, comme avant elle des milliers de soignants. C’était il y a quelques mois, c’est-à-dire moins d’une seconde à l’échelle de l’Histoire.

A l’écoute de l’intervention d’Emmanuel Macron hier au 20h, ma première réaction a été d’imaginer combien la situation doit être plus grave que ce qu’on nous présente, apocalyptique au point que l’ancien de chez Rotschild abandonne publiquement ses oripaux libéraux pour reconnaître l’utilité et l’importance du Service Public.

L’inspirateur de la loi El Khomri à laquelle il a tenu la plume depuis le secrétariat général de l’Elysée, l’auteur de la loi qui porte son nom, le Brutus de François Hollande dont il fut auparavant le zélé spindoctor en social-libéralisme appliqué, le matraqueur des manifestants en jaune en vert et multicolores, le commanditaire des ordonnances pour mettre à mal le Code du Travail, le fossoyeur de la retraite universelle par répartition, le responsable des coupes budgétaires en direction des politiques de solidarité, le croque-mort de l’ISF, telles sont les facettes du personnage qui parlait hier à 20 heures pour mettre au pinacle ses nouveaux héros au devant desquels ils envoyait hier les forces répressives d’état. Pardonnez-moi, j’ai préféré vous faire l’économie de quelques faits d’armes peu glorieux du personnage.

Personnage … Dans la peau de quel personnage Emmanuel Macron a-t-il voulu se glisser en annonçant un nouveau grand plan pour l’Hôpital Public et de revalorisation des carrières dans la Santé ? Celle d’un nouveau Petit Père des Peuples, celle d’un super-héros ou bien celle d’un repenti de l’ultralibéralisme prédateur, autoritaire et brutal qu’il pratique depuis le jour de son élection où il s’est autoproclamé « président jupitérien » ? L’acteur n’est pas crédible et le scénario est aussi catastrophique qu’effrayant.

La crise sanitaire est là, elle n’a pas été (correctement ?) anticipée malgré les signaux d’alerte en Chine puis en Italie, malgré certaines mises en garde de l’Organisation Mondiale de la Santé. La transparence revendiquée par le gouvernement est questionnable au regard des déclarations d’Agnès Buzyn qui se drape dans la cape d’une prétendue lanceuse d’alerte ignorée ou de la doctrine gouvernementale mouvante concernant les moyens de dépistage ainsi que la sauvegarde de notre indépendance technologique et industrielle pour ce qui est de la production de matériel médical de protection et de médicaments. La sincérité des réformes engagées dans l’urgence n’a de crédit nulle part, tant observer le gouvernement s’accrocher comme des naufragés au radeau de la croissance face au tsunami de la récession et « en même temps » profiter de la crise sanitaire pour faire davantage voler en éclats les conquêtes sociales suffit à vous donner la nausée.

Macron n’a pas compris que c’était la fin du bal de Cendrillon. Minuit a sonné et le carrosse clinquant du président tout-puissant est redevenu citrouille et les fringants étalons du dogme monétariste des 3% se sont éclipsés. L’épidémie est en train de balayer la croissance à tout prix avec la force d’un raz de marée qui emportera avec lui des millions de victimes du système libéral que Manu chérit tant.

Les habits de président étaient taillés plus large que ceux de laquais du Capital et Manu doit se sentir bien frêle à cet instant. Les bourdes en série de ses ministres ne doivent pas le (ré)conforter : Laurent Nūnez qui affirme qu’il n’y a pas de problème de masques en France, Sibeth Ndiaye qui ne sait pas en mettre et qui considère les enseignants comme des fainéants, Murielle Pénicaud qui qualifie les patrons et salariés prudents de tire-au-flanc, Bruno Le Maire qui mendie la sobriété des grandes entreprises en matière de redistribution des dividendes à venir, … etc. N’en jetez plus, la coupe est pleine, elle déborde même !

Pour autant, nul ne peut se réjouir de la situation actuelle et de l’absence d’une gouvernance crédible et capable de gérer l’épidémie et ses répliques sur les plans sanitaires, démocratiques, écologiques, sociaux et économiques que ce soit au niveau français ou à l’échelle de l’Europe.

Aucun doute n’est envisageable, nous allons vivre des temps difficiles à court et moyen terme. Le tremblement de terre du Covid 19 a fait tremblé un monde qui ne pourra plus être comme avant. L’hégémonie du dogme libéral et les incompétents qui l’ont servi n’auront plus beaucoup d’audience. Qu’en sera-t-il des nationalistes et des populistes dont le poison se diffuse depuis des années en Europe et dans le monde ?

Les citoyens, l’Écologie politique et la Gauche ont une responsabilité historique, celle de réfléchir dès aujourd’hui au monde de demain si l’on veut que la Démocratie, l’Écologie, l’Humanisme et la Solidarité ne disparaissent des boussoles de l’humanité. Au crépuscule de l’ère du chacun pour soi, nous devrons faire ensemble l’aube du lendemain généreuse et bienveillante pour que nos espoirs se transforment en jours meilleurs.

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