Les tas d’urgences

A chaque crise grave son état d’urgence. Les attentats meurtriers qui ont frappé notre pays il y a quelques années comme l’épidémie qui nous frappe aujourd’hui ont nécessité et nécessite une gestion particulière de deux situations exceptionnelles bien différentes l’une de l’autre.

Pour des questions de sécurité physique, face un ennemi terroriste déterminé et sans frontières, nous avions été contraints de concéder ponctuellement des libertés individuelles. Nous avons évité de peu la déchéance de nationalité ou l’application de l’article 16 de la Constitution relatif aux pleins pouvoirs accordés au Président de la République.

Hélas, le bouquet des pratiques sécuritaires déployés en temps de crise est devenu la norme quand les mesures d’exception ont intégré le droit général, la norme, le banal …

Multipliant les injonctions contraires, le gouvernement manie actuellement le « en même temps » macronien en infantilisant des français « récalcitrants » et « irresponsables qui envisageraient le confinement avec légèreté d’une part, et en exhortant les salariés à maintenir coûte que coûte une activité professionnelle au nom du patriotisme économique d’autre part. Des sales gosses d’un côté, de la chaire à canon dont la santé est moins importante que la force de travail de l’autre …

Profitant de l’épidémie et d’un chèque en blanc prodigué par le vote sur la loi relative à l’état d’urgence sanitaire, le gouvernement fait voler en éclats par ordonnances (25 en un conseil des ministres) le code du travail au détriment des droits, de la santé et de la sécurité des travailleuses et des travailleurs.

A l’instar des précédents concernant les libertés publiques, rien ne garantit que les mesures d’exception réduisant les conquêtes sociales ne deviennent pas permanentes. Devant le passif de La République en Marche en la matière, nous sommes plus proche de la certitude que du doute raisonnable.

Contrairement à la gestion des attentats sous François Hollande, nous observons un président dépassé qui surcommunique comme un naufragé au bord de la noyade se débat frénétiquement, un gouvernement qui multiplie les bourdes et dont la parole disqualifiée engendre des suspicions de mensonges et le sentiment d’avoir affaire à des incompétents.

La majorité actuelle est l’héritière d’un système austéritaire et ultralibéral qu’elle a souhaité pousser à son paroxysme. L’austérité budgétaire a été érigée depuis longtemps comme le dogme indépassable, les intérêts privés des plus riches parmi les plus riches ont également pris le pas sur l’intérêt général, au prix de sacrifices dont nous payons encore plus le prix durant cette pandémie.

En période de confinement, les classes populaires, les mal-logés, les sans domicile fixe, les personnes isolées, âgées ou en situation de handicap sont frappés de plein fouet par les inégalités sociales dans leur quotidien invivable.

Cette crise place en pleine lumière la situation de ces travailleurs de Gerzat qui fabriquaient des bouteilles d’oxygène et qu’on remercie, ceux de Saint-Genis-Laval fabriquant de la chloroquine et dont l’entreprise FAMAR est en liquidation judiciaire.

Entre la Santé et le Capital, la main invisible du libéralisme économique a choisi et en a profité pour étrangler toute ambition de répondre aux urgences fondamentales, réponses qui nous auraient permis d’affronter les pires situations mieux préparés, plus forts et plus unis.

L’état providence, tellement attaqué dans ses prérogatives depuis une vingtaine d’années, revient subitement au goût du jour, au point de voir Macron en faire les louanges avec la verve de l’insincère converti.

Le service public, ce patrimoine de ceux qui n’en ont pas, qui a été démembré sans vergogne, compte maintenant parmi ces agents « des héros » selon Jupiter.

Ces mêmes agents qui subissaient encore des coups de matraque et les jets de lacrymo il y a quelques mois dans l’indifférence de la majorité de ceux qui applaudissent aux fenêtres à 20 heures chaque soir.

Sur l’autel du profit financier absolu pour les plus riches et de l’austérité totale pour les classes moyennes et populaires, mais aussi pour l’environnement, l’humanitaire et le service public, les fondations des gouvernances nationales, européennes et mondiales se sont enfoncées dans les sables mouvants de l’ultralibéralisme.

Depuis des années, désunis, nous avons prêché dans le désert chacun pour notre chapelle, certains pour l’urgence sociale, d’autres pour l’urgence écologique et d’autres encore pour l’urgence démocratique. En choisissant de courir chacun dans notre couloir, nous avons un temps desservi les causes que nous défendions. Mais seuls ceux qui agissent font des erreurs, le plus important étant de les reconnaître et de rectifier les choses en conséquence.

En militant en sillo chacun persuadé de servir la bonne urgence, nous avons mis du temps à faire converger les luttes et les pensées et nous payons aujourd’hui ce retard.

Alors que depuis trois-quatre ans, les constats, les réflexions et les actions militantes ont intégré la complémentarité des crises démocratique, sociale et écologique, nous subissons un peu impuissants l’état d’urgence et ses conséquences.

Pour autant, si nous avons perdu du temps et des combats, la crise sanitaire nous rappelle nos responsabilités et demain nous offre une chance de reprendre la main. L’état d’urgence ne doit pas nous faire oublier des tas d’urgences, ni la nécessaire convergence.

Les questions sanitaires, écologiques, solidaires, humanitaires, démocratiques et citoyennes nécessitent une réponse globale. Cette alternative portée par toutes les forces citoyennes, associatives, sociales et politiques, c’est la promesse de ne pas retrouver le monde d’hier et le chacun pour soi, c’est l’avènement du monde de demain, le monde des jours meilleurs !

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s