Municipales : un coup à (re)jouer ?

Le Président de la République s’interroge à haute voix sur le sujet en conseil des ministres. Il consultera aujourd’hui les présidents de l’Assemblée nationale et du Sénat sur la question. Comment se dépêtrer de la question du second tour des élections municipales concernant plus de 4.000 communes dans lesquels la situation demeure suspendue ?

Au regard des risques sanitaires pris lors du premier tour de scrutin, avec un discours du pouvoir contrastant d’un jour à l’autre – du « Allez voter, c’est sans risque » au « Restez chez vous, bande d’irresponsables » -, il est peu probable qu’un deuxième tour soit organisé avant l’été. Nos printemps démocratiques seront sans doute des automnes de compromis(sions ?) pour ne pas être des hivers où gèlent nos droits à la délibération.

Entre les risques de recrudescence de l’épidémie en l’absence de dépistage massif de la population et de fourniture suffisante de masque à chacun•e d’ici juin ainsi que le spectre d’une abstention encore plus importante que le 15 mars découlant des conditions sanitaires non-acceptablement sécurisées, je ne mise pas un kopeck sur un rendez-vous démocratique le 21 juin.

Dès lors, nous voilà plongé•e•s dans un flou législatif et constitutionnel des plus épais et ce brouillard noir d’encre ne sera pas évident à dissiper.

D’un côté, près de 30.000 communes ont réglé la question au premier tour avec une participation dont la baisse globale a influencé la campagne et les résultats, accordant souvent un avantage certain aux sortants. Des sortants qui gèrent les affaires courantes faute d’installation des nouvelles municipalités.

De l’autre côté, environ 4.000 communes dont les plus grandes villes du pays, disposent de résultats d’un premier tour dont la validité semble précaire car le locataire de l’Elysée les glisserait visiblement volontiers sous le tapis.

En effet, Emmanuel Macron semble privilégier l’option d’une annulation du premier tour de scrutin pour les communes sans conseil municipal élu le 15 mars.

Cela pose plusieurs questions : quid du remboursement des frais de campagne d’une élection annulée, quid de l’installation des conseils élus au premier tour (et lors d’éventuelles nouvelles élections), quid des modifications législatives et constitutionnelles à adopter pour organiser un scrutin intégral sur une partie du territoire de la République ?

Les modifications de la constitution nécessitant l’approbation des deux tiers du Parlement, Jupiter n’a pas complétement les mains libres, mais des tractations d’arrière-cour avec la droite, comme pour le maintien du premier tour le 15 mars dernier, sont envisageables qu’il s’agisse de changer les termes de notre constitution et d’adopter une loi de circonstances.

L’Assemblée nationale et le Sénat, réduits par la pandémie dans leur fonctionnement, seront sans doute le théâtre d’une bien mauvaise comédie pour la Démocratie si la pièce se déroule ainsi. L’Écologie politique, la Gauche et les citoyens n’auront pas les moyens « normaux » pour s’y opposer avec d’infimes chances de changer la donne.

Partirons-nous donc sur un scénario d’annulation partiel et de réédition du premier tour à l’automne pour les 4.000 communes concernées ? C’est fort probable bien que pas forcément souhaitable.

Au final, aucune solution à mes yeux n’est totalement idéale, même si – allez, je me risque à formuler mon sentiment sur cette question sensible – je serais plus enclin à un retour général aux urnes au moment où la santé de toutes les citoyennes et de tous les citoyens sera garantie, quand le temps d’une vraie campagne électorale et l’organisation convenable des deux tours seront pratiquement réalisables. Je précise que c’est un avis tout à fait personnel, sans certitude profonde, que je ne vous impose pas, mais que je soumets à votre sagacité.

Le caractère inédit de la crise sanitaire a nécessité une adaptation dans l’urgence, une forme de souplesse qui risque fort de se transformer en rapt constitutionnel, en hold-up démocratique de la  part de La République en Marche (et potentiellement du reste de la droite) dont l’objectif est d’affaiblir la dynamique écologique, citoyenne et solidaire qui apparaît comme la seule alternative crédible et souhaitable au macronisme d’une part, au lepénisme d’autre part.

Sur la question électorale comme sur d’autres aspects, la Démocratie supporte des coups sévères sur l’autel de la gravité de la crise sanitaire, bien plus que  la situation ne l’exige. Nous ne l’oublierons pas et nous demanderons des comptes au pouvoir le moment venu.

De la restriction peut-être exagérées de certaines libertés individuelles, des abus constatés des forces de l’ordre lors des contrôles d’attestations dérogatoires, de la casse du Code du Travail en catimini, du probable tripatouillage électoral, des injonctions du Président et du Premier Ministre à ne pas critiquer l’impréparation de l’Etat, Macron et ses amis devront répondre au nom des valeurs et des principes de la République.

Le jour d’après devra être démocratique pour ne pas porter préjudice à nos droits légitimes dans des lendemains qui déchantent.

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